Coronavirus : impacts sur l’environnement et défis à venir

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À la suite de l’augmentation exponentielle du nombre d’infections à coronavirus en Europe et en Amérique du Nord, et ce dès le mois de mars 2020, des mesures de santé publique restrictives ont été mises en place pour éviter une aggravation de la pandémie.

Parmi celles-ci on compte des mesures de confinement à domicile, d’abord en Italie, puis rapidement dans la plupart des autres pays du monde.

Des populations entières ont reçu l’ordre de rester chez elles, les écoles. Bureaux et usines ont limité leurs activités. Le trafic routier a ralenti au minimum et les compagnies aériennes ont restreint le nombre de vols réguliers de 60 à 95 %.

Réduction des émissions de gaz à effet de serre

Si ces événements ont engendré des chocs économiques et sociaux considérables, avec une chute brutale des niveaux de production, de consommation et d’emploi dans le monde, ils ont également permis des réductions significatives des émissions de gaz à effet de serre et de la pollution atmosphérique.

En conséquence, la qualité de l’air dans les grandes villes s’est améliorée de façon spectaculaire en mars et avril. C’est le fait principalement d’une réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2), d’oxydes d’azote (NOx) et de la formation d’ozone (O3) qui en découlent, ainsi que du niveau de particules (PM) émises par les usines et le trafic routier.

COVID-19 waste

Si la planète Terre semble se remettre pendant le confinement dû à la COVID-19, le niveau des déchets reste préoccupant.

Au cours de la même période, le trafic aérien global a chuté de 60 %. Prises ensemble, ces réductions d’émissions ont entraîné une baisse temporaire des émissions de CO2 par rapport à leurs niveaux d’avant la crise. Cet état de fait encourage certains à espérer que notre société pourra effectivement réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre à long terme, au niveau mondial, et ainsi atténuer un changement climatique imminent.

Tant que la crise du coronavirus maintiendra les activités économiques à un niveau réduit, les émissions resteront relativement faibles. Toutefois, il serait peu clairvoyant de conclure qu’il s’agit d’une amélioration durable de l’environnement. En effet, les émissions augmenteront très probablement pour retrouver les niveaux antérieurs lorsque l’activité économique reprendra avec la fin de la crise sanitaire.

C’est pourquoi de nombreux défenseurs de l’environnement demandent que les plans de sauvetage destinés aux entreprises de transport et aux producteurs industriels prévoient que leurs activités futures soient moins polluantes. De telles dispositions pourraient aider à empêcher que les émissions nocives ne renouent avec leurs niveaux d’avant la crise.

Ce n’est pas encore gagné

Pour autant, les impacts sur l’environnement de la crise sont loin d’être tous positifs. Les volumes de déchets non recyclables ont augmenté. La forte baisse des exportations de produits agricoles et de la pêche a fait émerger des montagnes de déchets organiques. L’entretien et la surveillance des écosystèmes naturels ont été temporairement suspendus. Et le tourisme dans les espaces naturels s’est effondré.

Au niveau local, des problèmes dans la gestion des déchets sont apparus. En effet, de nombreuses municipalités ont suspendu leurs activités par crainte de la propagation du virus dans les centres de recyclage.

Les magasins d’alimentation ont recommencé la distribution de sacs en plastique aux caisses de sortie, invoquant les préoccupations sanitaires liées à la réutilisation des sacs en papier par les consommateurs. En outre, à cause du confinement, de nombreux consommateurs ont acheté plus de plats cuisinés, livrés à domicile dans des emballages à usage unique.

Tous ces développements ont amplifié les défis à relever dans la gestion des déchets à un moment où ce secteur enregistre une capacité limitée par la crise sanitaire.

Avec l’adoption de restrictions à l’importation frappant les marchés d’exportation associée à la forte diminution de l’offre de services de transport de marchandises, la crise du coronavirus a entraîné une augmentation des volumes de produits agricoles et de la pêche non distribuables.

De nombreux producteurs tournés à l’export mettaient sur le marché des volumes bien trop importants pour qu’ils soient absorbés localement. Les déchets organiques ont ainsi vu leur volume augmenter de manière substantielle.

Ces déchets étant laissés à l’abandon, les niveaux d’émissions de méthane (CH4), autre gaz à effet de serre émanant des produits en décomposition, devaient augmenter fortement pendant la crise et dans les mois qui ont suivi.

Les exportations de produits agricoles et de la pêche ayant diminué, les niveaux de production se sont effondrés, entraînant une hausse substantielle du chômage dans ces deux secteurs.

Parmi les employés dans le secteur de transformation de ces produits issus tant de l’agriculture que des pêcheries, on trouve de nombreuses femmes qui font vivre leur famille. D’où les difficultés extrêmes auxquelles elles ont été confrontées, en particulier celles dont les revenus sont faibles et qui vivent dans des pays en développement où les filets de sécurité sociale font défaut.

Écosystèmes en danger

Les écosystèmes naturels et les espèces protégées sont mis en danger par la crise sanitaire. Dans de nombreux pays, les agents chargés de la protection de l’environnement dans les parcs nationaux et les zones de conservation en milieu terrestre et marin sont tenus de rester chez eux, laissant ces territoires sans surveillance. Leur absence a entraîné une augmentation de la déforestation, de la pêche et de la chasse illégales des espèces sauvages.

L’arrêt brutal de l’écotourisme a également fait courir aux écosystèmes naturels le risque de récoltes et d’empiètements illégaux.  En outre, l’écotourisme étant souvent un pilier économique majeur dans de nombreuses destinations, la hausse du chômage provoquée par la crise pourrait conduire de nombreux ménages à exploiter de manière non durable les ressources d’écosystèmes fragiles, alors qu’ils cherchent à subvenir par d’autres moyens aux besoins en revenus et nourriture de leur famille.

Nombre des problèmes environnementaux causés par la crise du coronavirus se résoudront progressivement d’eux-mêmes une fois la crise terminée et quand l’activité économique aura retrouvé sa vitesse de croisière antérieure.

Mais il est aussi vrai que les avantages de la réduction de la pollution atmosphérique auront également disparu. Globalement, la crise pourrait donc n’avoir aucun effet permanent sur l’environnement.

Toutefois, ce que nous avons appris sur les avantages et les risques environnementaux d’une forte baisse de l’activité économique mondiale nous aidera certainement à mieux comprendre les mécanismes de la durabilité environnementale, les modes de consommation de la société et la manière dont nous pouvons atténuer la dégradation de l’environnement dans un monde futur exempt de crise.

Réel besoin d’agir

Il est impératif de prêter attention aux menaces sur l’environnement et sur les ressources naturelles résultant de la pandémie de coronavirus et aux impacts sociaux et économiques qui en découlent.

De nombreuses populations rurales et côtières dépendent de l’utilisation durable de leur environnement et de ses ressources naturelles, qu’il s’agisse de petits exploitants agricoles, de petites et moyennes entreprises (PME) ou de micro, petites et moyennes entreprises (MPME) impliquées dans la production de produits BioTrade, de produits forestiers, de la pêche et dans l’écotourisme.

La crise ayant perturbé leurs liens avec la demande sur les marchés nationaux et internationaux, les producteurs ruraux, dont beaucoup sont des femmes, seul soutien de familles entières, ne sont plus en mesure de pérenniser leurs modèles économiques ni leurs moyens de subsistance.

Si la crise se prolongeait, nombre d’entre eux seraient contraints d’abandonner leur production durable actuelle afin de générer rapidement des revenus sur les marchés intérieurs. Ceci pourrait entraîner une aggravation de la pauvreté et une surexploitation des écosystèmes et ressources naturelles.

La CNUCED sur le pont

Aider les producteurs ruraux et côtiers à s’adapter aux conditions du marché en temps de crise et à prendre des mesures pour la reprise et l’amélioration des performances sur les marchés de l’après-crise est une priorité absolue pour la CNUCED.

Son programme sur le commerce et l’environnement durables est prêt à aider les gouvernements, les associations de producteurs, les PME, les MPME, les producteurs indépendants (y compris les femmes entrepreneures) et la société civile à élaborer des stratégies d’adaptation et de résilience au coronavirus.

Les mesures prises par les producteurs dans le cadre de ces stratégies peuvent contribuer à maintenir le niveau des revenus de subsistance, tout en assurant la gestion durable des écosystèmes agricoles, forestiers, marins, tous riches en biodiversité.

Ces stratégies misent sur une collaboration renforcée entre les producteurs concernés et les organismes publics d’aide afin de faciliter l’adaptation aux nouvelles réalités du marché. Pour être efficace, cette aide doit être mise en œuvre dès que les restrictions de voyage seront assouplies.

Des activités de suivi seront ensuite programmées pour aider les pays à rétablir leurs activités dans un environnement d’après crise.

Le soutien proposé par la CNUCED comprend des méthodologies d’évaluation des marchés et fournit des réponses adaptées aux questions commerciales ainsi que des moyens de retisser des liens directs avec les fournisseurs motivés par le rétablissement d’un flux durable de produits naturels.

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