Réchauffement climatique : la Terre sera bientôt inhabitable pour l’Homme

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0 ans d’alerte sur le changement climatique n’auront finalement rien changé : le scénario du pire, celui du « business as usual » s’esquisse maintenant clairement avec des conséquences qui seront irréversibles pour l’humanité. Une nouvelle étude scientifique examine les différentes rétroactions qui conduiront probablement notre planète à devenir invivable pour l’humanité.

Rien n’y fait : ni les alertes scientifiques, ni les mobilisations citoyennes, ni les messages vus des milliards de fois sur les réseaux sociaux : nos civilisations restent prisonnières d’un modèle de développement destructeur qui n’a aucun avenir tandis que la très grande majorité des citoyens en restent les esclaves, plus ou moins consentants.

Les conséquences planétaires du réchauffement climatique en cours ont maintes fois été évoquées, sans véritablement susciter de décisions responsables et sérieuses. Et pourtant, il ne s’agira pas de vivre dans un monde un peu plus chaud (certains disent même plus agréable en se croyant déjà à la plage), mais sur une planète invivable pour l’humanité ! C’est la nouvelle alerte publiée dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Cette nouvelle étude internationale s’intéresse aux boucles de rétroactions positives ou conséquences en chaîne du réchauffement de notre planète induit par nos rejets massifs et continus de gaz à effet de serre. Ainsi, les auteurs examinent 10 rétroactions naturelles qui contribuent également à accentuer le phénomène de réchauffement :

  • les régions polaires voient le permafrost (ou pergélisol) fondre ;
  • la banquise, les glaciers de montagne et polaires disparaissent ;
  • la couverture neigeuse diminue ;
  • les puits naturels de carbone (océan, sols, végétation) sont de moins en moins efficaces ;
  • la plus grande forêt du monde, l’Amazonie dépérit ;
  • la forêt boréale dépérit également ;
  • la respiration bactérienne augmente et émet du méthane, un gaz à effet de serre ;
  • les hydrates de méthane piégés dans les fonds marins fondent

Cet ensemble de conséquences risque de provoquer l’emballement du système terrestre, un effet « domino » qui va alors devenir incontrôlable jusqu’au point de rupture qui va faire basculer la Terre dans un nouvel état. Si celui-ci sera de nouveau stable à moyen terme, il sera radicalement différent des conditions propices qui ont bénéficié à l’émancipation de nos civilisations. Les températures sur Terre devraient alors augmenter en moyenne de 4 à 5°C, par rapport aux températures de l’ère pré-industrielle et le niveau de la mer gagner de 10 à 60 mètres par rapport à aujourd’hui… Notre planète ne sera alors plus aussi accueillante pour de nombreuses espèces dont les 9,6 milliards d’humains à venir.

Ce sénario effrayant n’est pas de la science-fiction mais bien celui qui nous attend alors que nos activités ont déjà profondément modifié notre support de vie au point que l’on parle aujourd’hui d’une nouvelle ère géologique : l’Anthropocène. Rappelons que la température moyenne mondiale a déjà augmenté de près de 1°C et continue de croître de 0,17°C par décennie.

En effet, même si les émissions de dioxyde de carbone venaient à diminuer dans le cadre de l’Accord de Paris conclu en 2016 sur le climat (ce qui est improbable), il existe tout de même un risque pour que la Terre entre dans des conditions de chaleur insupportable (« Hothouse Earth' » dans le jargon scientifique). « Les lieux sur Terre deviendront inhabitables si “Hothouse Earth” devient une réalité » alerte le co-auteur Johan Rockström, ancien directeur exécutif du Stockholm Resilience Centre et co-directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research.

hothouse-earth-trajectoire
Cette figure illustre le chemin que peut emprunter notre planète : elle sort actuellement du cycle pluri-millénaire glaciaire / interglaciaire pour l’Anthropocène, bien plus chaud. Deux trajectoires sont alors possibles : celle d’une Terre plus chaude, mais supportable car « stabilisée » par des mesures massives et drastiques de nos sociétés ; ou celle d’une Terre qui a basculé dans un état bien trop chaud, c’est la voie que nous suivons actuellement. Notons que les systèmes dans un état très stable (en fond de vallée) ont une énergie potentielle faible et une énergie considérable est nécessaire pour les sortir de cet état stable. Les systèmes dans un état instable (sommet d’une colline) ont une énergie potentielle élevée et il ne faut qu’un peu d’énergie supplémentaire pour les pousser hors de la colline et vers une vallée où l’énergie potentielle est plus faible.
© Trajectories of the Earth System in the Anthropocene ; Will Steffen et al. – PNAS August 6, 2018 – Licence : Tous droits réservés

Comme tant d’autres scientifiques qui travaillent sur l’état et le devenir de notre support de vie, les auteurs de cette étude appellent chacun d’entre nous à construire une économie qui n’émet plus de gaz à effet de serre : « les émissions anthropiques de gaz à effet de serre ne ont pas les seules déterminants de la température sur Terre. Notre étude suggère qu’un réchauffement climatique de 2°C peut déclencher d’autres processus du système terrestre souvent appelés « boucles de rétroaction positives », qui peuvent conduire à un réchauffement supplémentaire – même si nous arrêtons d’émettre des gaz à effet de serre, » indique l’auteur principal Will Steffen de l’Australian National University and Stockholm Resilience Centre, qui ajoute : « éviter ce scénario nécessite une réorientation des actions humaines de l’exploitation vers la gestion du système terrestre« .

Réduire les émissions de gaz à effet de serre ne suffit pas

Maximiser les chances d’éviter une terre inhabitable implique non seulement de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre mais aussi d’améliorer ou de créer de nouveaux pièges biologiques de carbone par exemple en gérant bien mieux les forêts, la biodiversité, les sols et en optant pour une agriculture beaucoup moins polluante. Les technologies capable de capter le dioxyde de carbone de l’atmosphère devront être également utilisées, indique l’étude.

De manière critique, l’étude souligne que ces mesures doivent être soutenues par des changements sociétaux fondamentaux nécessaires pour maintenir une « Terre stabilisée » où les températures sont ~ 2 ° C plus chaudes que les températures préindustrielles.
Ce changement de paradigme devrait être de la responsabilité de tous, sans attendre un éventuel sursaut de lucidité et de courage de la part de nos élus, bien mal choisis.

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